A l’époque de sa sortie en salle, j’étais une modeste étudiante sans le sou qui ne pouvait hélas pas aller au cinéma aussi souvent qu’elle le désirait. Mais je n’avais pas pu échapper aux éloges du public et des professionnels du monde cinématographique, ce film ayant raflé un tas de récompenses tant aux Oscars, qu’aux Césars, qu’à Cannes et qu’aux Golden Globes.
Jane Campion était une nouvelle venue dans le cinéma international et son film portait des senteurs de rébellion et de sensualité dont le genre des films historiques était alors dépourvu.
Mais mon entrée dans l’aura de ce film magique s’est fait par une autre porte. En effet, j’ai d’abord succombé au charme de la musique aux accents celtes et néo-zélandais du talentueux Mickaël Nyman (compositeur également de la magnifique musique de « Bienvenue à Gattaca ») et qui a bercé pendant des mois mes soirées studieuses d’avant diplôme.
Ça n’est qu’à l’occasion de sa diffusion sur Canal+ que j’ai cédé à mon envie de voir ce film. J’aimais tant sa musique et je me l’étais tellement appropriée que j’avais peur d’être déçue de la voir orchestrer un film inintéressant à mes yeux.
Et là, ça a été la révélation.
Voici comment débute l’histoire: Ada est une jeune femme issue de l’aristocratie écossaise, maman d’une petite fille et qui pour des raisons inconnues ne prononce plus un mot depuis l’âge de 6 ans, ses seuls centres d’intérêt étant sa fille (semble-t’il illégitime) et son piano, seul moyen pour elle d’illustrer ses émotions. Elle accepte de conclure un mariage avec un riche propriétaire terrien basé en Nouvelle Zélande qu’elle ne connaît que par courriers. Elle entreprend donc un éprouvant voyage en compagnie de sa fille et de son piano pour échouer sur une plage sauvage de sa nouvelle patrie. Son nouvel époux, n’ayant pas prévu de place pour un si encombrant instrument de musique le céde à l’un de ses voisins. Et c’est donc à l’insu de son mari qu’Ada négocie le rachat de son piano: elle donnera des leçons de musique particulières pour le récupérer. Mais les visées de son voisin ne sont pas d’apprendre le piano…
Jane Campion n’est pas une réalisatrice comme les autres. Elle raconte un personnage magique, indéchiffrable qui séduit chaque personne. Holly Hunter endosse le rôle d’Ada avec perfection (elle a d’ailleurs reçu tous les prix d’interprétation pour ce film) et nous fait vibrer par l’expression de son regard et son allure. On pourrait l’apparenter à une sorte de lutin des bois petit et fragile avec son air sérieux et scrutateur et sa manière de bouger si élégante et si aérienne. Lorsqu’elle regarde le monde, on a l’impression qu’elle y voit plus que la réalité.
Son seul lien avec les autres est sa fille qui connait la langue des signes et qui traduit chacun de ses propos. Mais le moyen d’expression favori d’Ada est la musique dans lequel nous sentons tous les mots qu’elle ne parvient pas à prononcer, toutes ces émotions à fleur de peau qui passent pas les touches de son piano.
Les paysages de Nouvelle Zélande, tantôt gris et brumeux, tantôt pluvieux et boueux apportent une dimension sauvage et rude au récit.
Ce qui n’aurait pu être qu’un film d’amour parvient au rang des chefs d’œuvres grâce au scénario et aux personnages fouillés créés par Jane Campion. Chaque rôle est animé de sentiments puissants et contradictoires et les dialogues épurés de la cinéaste poussent les acteurs à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Ne vous y trompez pas, ce film est plein d’émotions retenues et fortes comme la violence, l’amour, la sensualité, le désir, la jalousie et la passion. Un film dont on ne ressort pas indemne.
Je vous le conseille vivement.
La Leçon de piano
Date de sortie cinéma le 19 mai 1993
Réalisé par Jane Campion
Avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, Anna Paquin…
Titre original : The Piano
Durée 2h01 min
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March 21st, 2010 at 10:58 pm
Faudrait que je le revois, ca fait un bail… Merci pour la piqure de rappel